Il marchait la nuit

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Polar anecdotique si l’on considère la place qu’il tient dans l’Histoire du cinéma, Il marchait la nuit réalisé en 1947 par un tâcheron, Alfred L. Werker, mérite curiosité et considération.

Il s’inscrit dans un genre en vogue aux Etats-Unis dans les années 40, une sous-catégorie bien spécifique de la série B, consistant à s’inspirer de faits-divers bien réels, pour reconstituer une enquête, avec une voix-off sentencieuse et un soin des détails qu’on qualifie à tort de «documentaire».
Car il s’agit bien de cinéma. Un cinéma sans fioriture, nerveux et cinglant comme un coup de trique, qui ne s’éloigne jamais de son sujet, ni de ses personnages principaux. A savoir les policiers à la recherche de Davis Morgan, petit cambrioleur assez élégant qui tue un jour un officier de police, et se transforme sous nos yeux en inquiétant déséquilibré.
Sur ce maigre synopsis s’élabore une heure quinze de suspense, entretenu par une ambiance nocturne et silencieuse qui opère sur le spectateur une certaine séduction. Dans un noir et blanc violemment contrasté, dû à la splendide photographie de John Alton, la réalisation fourmille d’idées pour illustrer le jeu du chat et de la souris, entre les policiers et le tueur. On retiendra en particulier une belle poursuite dans les égouts, qui préfigure le célèbre final du Troisième homme, tourné l’année suivante.
Mais c’est surtout cette absence de romantisme qui contraste avec certains tics du film noir, cette recherche de réalisme dans l’enquête policière, qui fait d’Il marchait la nuit un film moderne. On y retrouve, dans le rôle d’un flic, l’acteur Jack Webb. Ce dernier retiendra la leçon lorsqu’il écrira les scénarios et interprètera le rôle du sergent Friday, dans la mythique série Dragnet. Et c’est bien de ce côté-là qu’il faut chercher les héritiers de ce film. Du côté des séries qui, des années 50 jusqu’au célèbre New-York Police Blues, font du policier un travailleur acharné mais faillible, plutôt qu’un héros irréprochable et toujours vainqueur.
Mais c’est encore la figure du tueur, psychopathe avant l’heure, qui reste la plus saisissante. L’acteur Richard Basehart (qui joue le gentil fou, rival improbable d’Anthony Quinn, dans La Strada de Fellini) campe ici un personnage instable, dont l’ambigüité troublante est pour beaucoup dans la réussite du film.
Prix du meilleur film policier au Festival de Locarno en 1949, Il marchait la nuit serait co-réalisé par le grand Anthony Mann, même si son nom ne figure pas au générique. L’une des nombreuses surprises d’un film mineur mais exceptionnel, qu’on trouve dans une édition DVD correcte pour la modique somme de 2,99 €.

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Il marchait la nuit : DVD édité par Aventi

 

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