Les Sirènes de la Saint-Valentin ayant réclamé une histoire d’amour, c’est avec un plaisir non dissimulé que j’évoquerai Boire et déboires, film réalisé en 1987 par un Blake Edwards en fâcheuse posture. Six ans après le succès inespéré de Victor, Victoria, et lassé de son inénarrable Panthère Rose, le roi de la comédie pédale dans la semoule et vient de se ramasser avec A Fine mess, Un sacré bordel en Français.
Il revient alors à l’un de ses thèmes favoris, l’alcool, qui, en 1962 lui avait inspiré son premier chef d’œuvre : Le Jour du vin et des roses, un film absolument pas drôle et assez bouleversant, qui raconte la descente aux enfers d’un couple imbibé. Mais si l’on doit bien reconnaître une qualité à ce metteur en scène de 85 ans, c’est la ténacité avec laquelle il s’est attelé au sujet, à travers une filmographie qui rassemble plus d’alcooliques qu’une fraternité d’étudiants en lettres.
La grande idée de Boire et déboires, dont le titre original est Blind Date, c’est avant tout son casting. Blake Edwards donne son premier grand rôle au cinéma à un acteur qui s’est fait connaître par le petit écran, dans la série Clair de Lune, et sur lequel personne ne mise un kopek à l’époque : Bruce Willis. Il y joue le rôle d’un jeune cadre dans une banque qui, pour les besoins d’un repas d’affaire, accepte un rendez-vous d’un soir avec une jolie jeune femme que lui refile son frère. Malheureusement, sa cavalière a un défaut : à la première gorgée d’alcool, elle se transforme en pocharde extrêmement gaffeuse. Et c’est la deuxième idée géniale du casting : la fulgurante alcoolique est jouée par Kim Basinger, actrice sublime dont on aurait dû comprendre à l’époque que son 9 semaines et demi n’était qu’une erreur de parcours, une façon de se faire connaître avant de passer aux choses sérieuses.
Ainsi, Bruce Willis va-t-il vivre sa première nuit en enfer, menée tambour battant par cette blonde ivre morte qui saborde le repas d’affaire, et qui est en plus affublée d’un ex très jaloux, qui va sérieusement leur compliquer la vie.
Mais si ce film mérite aujourd’hui un statut d’œuvre essentielle, c’est avant tout par son mauvais goût absolu : une imagerie clinquante typique des années 80 où les poufs décolorées côtoient les brushing improbables, où le rose bonbon inonde l’écran, où la musique synthétique ferait passer Indochine pour du Mozart, et surtout, où Blake Edwards assume totalement son goût pour les gags énormes, les dérapages incontrôlés, et les excès en tous genres.Politiquement incorrect, cet hymne aux bons vivants désespérés est une honteuse réussite jusque dans son happy end, qui, sur la plage abandonnée, fourgue une guitare électrique dans les mains d’un Bruce Willis qui n’a plus jamais été aussi drôle depuis.
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Boire et déboires : DVD Columbia/Tristar (se trouve à 2,90 € )
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